Septembre 2014 : Claude Bérubé, blogueur et écrivain

claude berube « À l’aube de ma 73e année, je ressens le désir de prendre la parole.  Quand un homme dans la quarantaine  donne son avis, on dit de lui qu’il est dans la force l’âge. Quand un vieux donne son avis, on y voit des  radotages de p’tit vieux qui vit dans le passé. À 40 ans, je pensais probablement comme cela. Aujourd’hui,  je prêche pour ma paroisse et je veux célébrer la vieillesse. On dit d’un vieux qui meurt que c’est une  bibliothèque qui brûle. Les vieux doivent prendre la parole, car ils ont la mission de transmettre tout ce  que la vie leur a appris. Mais encore faut-il qu’ils aient des tribunes et des oreilles pour les écouter. On n’invite pas les vieux sur les panels. On ne leur demande pas de commenter l’actualité. Mme Janette Bertrand s’est plainte de cette situation. Je l’ai écoutée et entendue. J’ai donc décidé de m’offrir des tribunes pour raconter ce que j’ai à dire.

Pour débuter, j’ai mis en ligne un blogue sur le web. Un blogue où je transmets mes opinions et mes vues sur plein de sujets. De plus, j’ai invité tous les vieux à y joindre leurs commentaires. Je lui ai donné un nom qui surprend : Les insolences d’un p’tit vieux . On y accède via le  www.leptitvieux.com. Les ainés n’ont pas l’habitude des tribunes surtout sur Internet. Depuis bientôt deux ans, j’y ai écrit plus d’une centaine de textes (voir les archives mensuelles). Je traite souvent de l’actualité en me référant à des exemples du passé pour démontrer que le passé regorge de repères et de références. Seules les expériences et les observations d’une longue vie peuvent apporter la « sagesse » à des opinions. Depuis quelques mois, les gens disent découvrir mon site. J’ai enfin une tribune. Mon souhait : qu’il soit consulté, lu et qu’on y écrive.

claude berube livre Pour ajouter à cette expérience, j’ai écrit un livre qui vient tout juste d’être publié et distribué dans les  librairies du Québec. Il m’a fallu deux ans pour l’écrire et deux autres à frapper à la porte des éditeurs pour enfin en trouver un (sur les 25) qui veuille le publier. Les vieux n’ont pas la cote dans ce milieu.

 Le titre de mon livre dit bien ce qui doit être dit : « À 72 ans, moi aussi, j’ai un mot à dire ».

 Dans ces 300 pages, j’y exprime mes impressions et j’y transmets les valeurs toujours actuelles. Que  ce soit la générosité, la loyauté, l’amour, etc. J’aborde, et ce, en toute franchise, des sujets aussi  sensibles que l’avortement, l’euthanasie, même mon cheminement spirituel et la vieillesse, bien sûr!

Après une aventure de 8 ans sur mon voilier avec ma compagne, j’ai découvert qu’il est plus facile de partir que de revenir. Il m’a fallu deux ans pour retrouver mon identité québécoise. Je raconte toute cette péripétie avec un retour sur « mon » histoire du Québec. Le p’tit vieux que je suis en profite pour devenir futurologue et aborder selon mes observations le futur du Québec, futur que je ne verrai pas. Un livre plein de sujets des plus divers.

Je souhaite que d’autres seniors qui souhaitent s’exprimer me joignent dans cette croisade. Il y a autant de points de vue que d’ainés. N’est-ce pas aux vieux de transmettre les grandes valeurs de la société aux jeunes? N’est-ce pas un devoir? Une façon de célébrer la vieillesse, de démontrer que nous ne sommes pas des radoteux séniles. La longévité prolongée n’apporte pas seulement des années, mais une vivacité d’esprit comme jamais.

Je n’aurais pas pensé auparavant être aussi fier d’être vieux. Je suis fier de montrer mon titre de doctorat émis par l’Université de la vie. Quand on atteint la vieillesse, on se rend compte que notre vie s’est déroulée dans l’observance de comportements dictés par des règles de vie. Quand on constate le rejet actuel de ces valeurs qui ont materné nos vies, par les générations qui nous suivent, nous ressentons un malaise et une inquiétude pour la suite du monde. La vie moderne avec ses communications et ses informations à outrance amène des changements d’une décennie à l’autre.  Autrefois, et même encore aujourd’hui, dans la majeure partie de la planète, les valeurs se transmettent pendant plusieurs générations centenaires comme des traditions génétiques.  Ce n’est plus le cas sur notre lopin de terre : le nombril du monde.

Ma vie s’est déroulée dans le monde des communications. Éditeur de journaux hebdomadaires et de magazine en Mauricie, j’ai également mené une vie de globe-trotter qui m’a mené dans de très nombreux pays. Aujourd’hui, je vis mes journées de vieillesse à St-Cyrille-de-Wendover en continuant de voyager de par le monde. »

Claude Bérubé