Février 2014 : Jean Yergeau

jean yergeau

Vieux, mais toujours citoyen à part entière

 Le Propageur a croisé Jean Yergeau un jour où il n’avait pas de réunion

Jean, en quelle année as-tu pris ta retraite ? Est-il plus exact de demander en quelle année tu la prendras? En juin 2000, après 35 ans d’enseignement. Et je la REprendrai dans… 2 ans ? Progressivement.  Je disais aussi cela il y a 4 ans. Maintenant, il reste probablement 2 ans. Je la prépare avec des cours de peinture. Élève appliqué et docile, croyez-le ou non.

 D’ici cette 2e retraite, que fais-tu? J’essaie d’être utile, pendant que je suis encore capable, physiquement et mentalement. Je réinvestis dans des militances sociales ce que j’ai appris. J’y condense mon expérience à transmettre des savoirs, comme un enseignant. Je réunis, négocie, convaincs, comme un syndicaliste.  Marier compréhension et partage, comme en solidarité internationale.  C’est valorisant et j’ai du plaisir à le faire. 

Ce plaisir d’être utile.  Dans quels organismes? Actuellement, surtout au CASPAD, à l’AREQ, aux Tables de concertation. Occasionnellement, un peu partout où on me convie.

C’est quoi le CASPAD? Un comité d’action sociopolitique local créé à l’hiver 2001 avec des amiEs de militance. Depuis, nous nous rencontrons près d’une fois par mois, une douzaine de personnes retraitées engagées dans différents secteurs et organismes (environnement, solidarité, politique municipale et nationale, tout ce qui touche les aînéEs) et un halo d’une quarantaine qui participent à cette mouvance selon les sujets et les actions.

Des exemples de sujets et d’actions? Nous voulons savoir, débattre, informer le plus de monde possible, combattre les opinions instantanées, ignorantes ou simplistes. Développer une citoyenneté de qualité. Les sujets ? La gouvernance, l’assurance autonomie, les inégalités économiques, Carpe Diem, le monorail à haute vitesse, la laïcité, les guerres du pétrole, l’immigration à Drummondville, l’effondrement de l’hégémonie américaine… entre autres. Ainsi nous avons organisé 3 rencontres publiques avec une politicologue sur la situation en Syrie. Avec d’autres groupes, nous nous sommes opposés à l’agrandissement du dépotoir de St-Nicéphore. Nos actions découlent souvent des implications des personnes présentes.

Impliqué à l’AREQ et aux Tables des personnes aînées? Je mets souvent mon grain de sel et j’influence parfois les interventions et actions de mon Association, l’AREQ, au local, régional et national. Actuellement, je travaille à ce que l’AREQ développe une analyse critique de l’information diffusée par les médias et contribue à l’émergence d’une information citoyenne plus libre. Ça se décidera au congrès de juin. J’y serai. On verra.

Aux Tables, j’y ai consacré beaucoup de temps, maintenant moins. La concertation, ce n’est pas naturel. Il faut la vouloir, l’apprendre, la construire.  Bâtir AVEC d’autres sur une base égalitaire, ça exige une ouverture et un renoncement hors du commun. Nous avons tous un bout de chemin à faire.

Combien d’heures par semaine? Peut-être 10, 15 ou 20.  Quand on croit à quelque chose, difficile de dire non.  Si on compte ses heures, on fait du temps, comme en prison.

Pourquoi fais-tu cela? Parce que je l’ai toujours fait.  Pendant mes 35 ans d’enseignement, j’ai toujours pensé que transmettre des savoirs sans les relier à la société, aux enjeux d’aujourd’hui et demain, c’était ratatiner ma mission d’enseignant, la réduire à la tuyauterie.  Ce qui m’enthousiasme encore : regarder large, dépasser la question imposée, voir en-dehors de la lorgnette, laisser une empreinte sur le monde où l’on vit !  Sinon, à quoi sert-on ?  Croire à sa totale impuissance sociale accule au suicide.  Agir sur ce qui nous entoure rend la vie plus plaisante et stimulante.

Un retraité au travail? Je suis sans solde à temps plein, avec travail et congé intenses répartis sur 12 mois.  Ça comprend aussi du camping, parfois des voyages, de la lecture (surtout en socio), des bouffes entre amiEs, la famille…

Tu as l’air de t’amuser dans cette retraite. Tu la décris avec passion. Passion et détachement : m’impliquer beaucoup, mais ne pas me laisser posséder. J’avoue entretenir une certaine itinérance, précieuse, moins géographique qu’intellectuelle.  Dans cette société grégaire cultivant les idées en boîte et le conformisme, j’éprouve du plaisir à conquérir une distance critique, à tenter de me libérer des idées toutes faites, à force de lecture, d’étude et d’échanges. D’échanges, car je ne crois pas à la militance solitaire, il faut se rattacher à une communauté.

Au plaisir de se recroiser! À la prochaine.